La Presse Canadienne

Le Plan Nord de Jean Charest attise la colère en milieu autochtone

vendredi 6 nov, 18 h 54

Par Jocelyne Richer, La Presse Canadienne

QUEBEC - Le Plan Nord du gouvernement Charest attise la colère et la méfiance chez les autochtones.

Le mégaprojet, qui consiste à accélérer le développement du Grand Nord, risque d'avoir du plomb dans l'aile, alors que certaines nations autochtones menacent de multiplier les gestes d'opposition.

Quoi qu'il en soit, Québec ira de l'avant, en travaillant avec les communautés visées, et sans leur imposer quoi que ce soit, a assuré vendredi la ministre responsable du Plan Nord, Nathalie Normandeau.

Mais déjà, vendredi, la seule et unique journée de consultation sur le sujet mise à l'agenda du gouvernement a été boycottée par cinq communautés innues de la Côte-Nord.

Les chefs innus, appuyés par l'Assemblée des premières nations, ont dit en conférence de presse qu'ils ne consentiraient à aucun projet du gouvernement sur leur territoire, tant que leurs droits ancestraux ne seraient pas reconnus.

Un des cinq chefs mécontents, Georges Bacon, nouvellement élu, a même remis en question l'entente signée par sa communauté en faveur de la construction du vaste projet hydroélectrique La Romaine, sur la Côte-Nord, au coût de 6,5 milliards $.

"Je renie l'entente", a-t-il tranché, mécontent des retombées attendues du projet, tout en faisant remarquer que le temps où les autochtones se contentaient de "miroirs" en cadeaux était révolu.

"Je ne pense pas qu'on puisse effacer ça du revers de la main", a réagi en fin de journée le ministre responsable des autochtones, Pierre Corbeil.

De manière plus générale, les Innus menacent d'utiliser divers moyens de pression, judiciaires ou autres, pour mettre des bâtons dans les roues du Plan Nord.

En fait, ils veulent profiter de l'intérêt manifesté par le gouvernement envers le Nord pour faire progresser leurs revendications traditionnelles et obtenir des garanties quant aux retombées financières qu'ils peuvent espérer des projets de Québec.

Leur sortie publique est survenue au moment même où le gouvernement tenait sa journée de consultation avec tous les groupes, incluant les nations autochtones, intéressés à en savoir davantage sur les intentions du gouvernement quant au développement du Québec au nord du 49e parallèle.

Au total, 215 personnes, essentiellement des élus locaux autochtones, inuits et non-autochtones du Grand Nord, ont participé à la rencontre tenue à huis clos. Trois chefs innus étaient aussi du nombre.

Québec a annoncé vendredi, au terme de la rencontre, la création de deux "tables de partenaires", l'une sur les choix stratégiques, l'autre sur les questions autochtones, "dans le respect des ententes déjà conclues ou de celles en négociation".

"Loin de nous l'idée d'arriver avec un plan tout fait", concocté à Québec sans l'aval des principaux intéressés, a résumé la ministre Normandeau, en conférence de presse.

Elle a qualifié la démarche de "work in progress".

Les cinq chefs contestataires réunis au sein de l'Alliance stratégique contre le Plan Nord sont Jean-Charles Pietacho, Rhéal McKenzie, Georges Ernest Grégoire, Georges Bacon et Raphaël Picard. Ils représentent au total quelque 10 000 personnes.

"Dorénavant, il va falloir marcher sur le corps de nos ancêtres, sur nos corps à nous, pour qu'il y ait de nouveaux développements sans qu'on y ait participé pleinement", a soutenu le chef Raphaël Picard, de la communauté de Betsiamites (Pessamit), en conférence de presse, tenue à un jet de pierre du rassemblement convoqué par la ministre Normandeau.

"S'il y a lieu d'utiliser d'autres moyens, autres que politiques ou judiciaires, nous les utiliserons", a-t-il ajouté, sans préciser lesquels, mais en promettant des mesures "draconiennes".

Le chef québécois de l'Assemblée des premières nations, Ghislain Picard, présent à la conférence de presse des Innus, partage leurs constats et leur méfiance.

"Sans nous, le Plan Nord est un Plan Mort", a-t-il dit, estimant que le gouvernement Charest se traînait les pieds depuis six ans quant aux revendications autochtones.

"Le mécontentement est général et il y a de l'hypocrisie ici", de la part du gouvernement, selon lui.

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