Radio-Canada

Système carcéral canadien : La santé mentale derrière les barreaux

mardi 3 nov, 13 h 16

Dans son rapport annuel, déposé lundi au Parlement, le Bureau de l'Enquêteur correctionnel (BEC) formule 19 recommandations visant à créer « un milieu plus sain et plus sécuritaire pour les délinquants et le personnel du Service correctionnel du Canada ».

L'Enquêteur correctionnel, Howard Sapers, cible particulièrement les lacunes dans les services de santé mentale, qui constituent « le problème le plus grave et le plus pressant » dans le système carcéral fédéral. Le nombre de plaintes liées aux soins de santé mentale (placements en isolement, transferts vers des établissements de niveau de sécurité supérieure, recours à la force, etc.), confirme la gravité du problème, affirme l'Enquêteur correctionnel, Howard Sapers. « Il y a des lacunes sur les plans de la capacité, de la qualité, des normes et de la souplesse [des services de soin de santé mentale] », peut-on lire dans son rapport.

« La demande de services de santé mentale au sein du système correctionnel augmente considérablement, et les besoins non comblés sont immédiats et troublants », écrit également Howard Sapers.

Il faut selon lui améliorer le traitement des détenus qui souffrent de maladie mentale. M. Sapers recommande d'embaucher davantage de professionnels en santé mentale, et se dit également préoccuppé par les comportements d'automutilation, qu'il recommande de mieux gérer.

La santé mentale plus problématique chez les délinquantes

Citant des chiffres de Sécurité publique Canada, l'Enquêteur correctionnel écrit que « 11 % des délinquants sous responsabilité fédérale ont un diagnostic de troubles mentaux à l'admission » tandis que 6 % ont déjà été hospitalisés pour cette raison. Chez les femmes, la situation est encore plus marquée. « La probabilité d'avoir un diagnostic de troubles mentaux au moment de l'admission est deux fois plus grande chez les femmes que chez les hommes; plus de 30 % des femmes avaient déjà été hospitalisées en raison de troubles psychiatriques ».

Le BEC suggère également « d'élaborer des plans de gestion clinique pour les délinquantes à risque élevé », une recommandation déjà formulée dans son rapport de 2007 après le suicide d'Ashley Smith. La jeune femme de 19 ans, originaire de Moncton, s'est étranglée dans un pénitencier de Kitchener, en Ontario, où elle avait été placée en isolement préventif sans jamais avoir bénéficié d'une évaluation psychiatrique.

L'Enquêteur correctionnel reprend d'autres recommandations reliées aux services correctionnels pour Autochtones, dont la nomination immédiate d'un sous-commissaire et la mise en place d'un plus grand nombre de programmes destinés aux délinquants autochtones.

Le rapport fait également état de préoccupations relatives aux conditions de détention, comme le temps passé en cellule, le nombre limité de visites et de sorties dans la cour, ainsi que de préoccupations entourant le nombre de délinquants en isolement à long terme (60 jours et plus), jugé excessif.

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